5 films et séries qui disent la vérité sur la grossesse et la maternité


Rares sont les films comme « Tully », qui parviennent à porter un regard authentique et non sublimé sur la grossesse et la maternité tout en livrant sans tabou les grands bouleversements qu’une mère peut traverser à cette période de sa vie…


"Tully"

« Tully »
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© Mars Films

1/6

Entre ce qu’on lit dans les magazines, ce qu’on entend dans la fiction ou ce que vos proches vous disent et la réalité, il y a toujours tout un monde. En ce sens, la grossesse et la maternité sont, au cinéma et dans les séries, l’un des exemples les plus frappants. Entourés de clichés ou d’illusions communes ou sublimés à outrance, ces moments intimes et essentiels de la vie d’une femme sont rarement abordés de manière frontale et, souvent, c’est même un autre sujet qui finit par prendre le dessus comme, par exemple, la fuite en avant d’une mère vers une nouvelle vie.

Ainsi, mis à part le fameux et unique haut-le-coeur du matin pour nous faire comprendre qu’un personnage féminin est enceinte, au cinéma, les nausées que connaissent certaines femmes dans la vraie vie disparaissent ensuite comme par magie. La grossesse fictive est rapide, sans prise de poids ou sans tous les désagréables maux qui peuvent l’accompagner. L’accouchement est souvent express, le bébé sort proche des trois mois et est propre comme un sou neuf. La question des complications ou des suites de couches n’est jamais abordée et l’allaitement souvent simplifié ou peu montré dans les difficultés qu’il peut revêtir. Quant à la femme, elle s’accomplit immédiatement et redevient souvent celle qu’elle était quelques heures après son accouchement, toute pimpante, maquillée et rayonnante.

Heureusement, comme chaque grossesse et chaque maternité peuvent être différentes les unes des autres, tous les films et toutes les séries ne tombent pas dans ces écueils. Certain(e)s parviennent même à faire tomber les murs des fantasmes les plus tenaces et même à asséner quelques vérités brutes dans lesquelles de nombreuses femmes peuvent finalement se reconnaître…

1 – « Tully »

Le chaos. Marlo est en plein chaos. Son salon, réquisitionné par ses enfants, n’a pas dû être rangé depuis cinq ans, son corps, comme elle le dit, ressemble à une carte en relief d’un pays ravagé par la guerre, sa vie intime est un néant total, ses journées sont une succession de tâches à gérer et ses nuits sont sur le point de redevenir cauchemardesques. Car Marlo, la quarantaine, campée par la génialissime Charlize Theron, est enceinte jusqu’aux dents de son troisième enfant qui est, on le comprend vite, un accident.

Réalisé par Jason Reitman et écrit par sa complice Diablo Cody, avec qui il avait déjà collaboré sur Juno et Young Adult, Tully est de ces rares films qui plonge délibérément le spectateur dans la réalité parfois âpre, brutale et pas toujours belle de la grossesse et de la maternité. De ses grossesses, Marlo garde les traces laissées sur son corps (Theron a d’ailleurs pris 18 kilos par souci d’authenticité) et son fils ne se gêne pas pour lui demander ce qui a bien pu lui arriver. Des scènes post-accouchement, la caméra ne cache pas la couche que doit porter son héroïne puis ses soucis pour aller aux toilettes. Marlo n’est pas épargnée par la caméra et lorsqu’elle tente de se remettre un peu en forme dans une hilarante scène de course-poursuite où elle cherche à rivaliser avec une joggeuse « parfaite », c’est son lait qui lui joue des tours.

Epuisée et pas très aidée par son mari qui ne réalise pas qu’elle est en train de sombrer, Marlo accepte la proposition de son frère, beaucoup plus riche qu’elle ne l’est, qui lui offre une nounou qui viendrait prendre le relais pour s’occuper de son nourrisson la nuit. Tully débarque dans sa vie, comme une Mary Poppins des temps modernes et la relève tout en l’amenant vers de nouveaux questionnements sur sa vie et sur celle qu’elle était avant.

C’est là que le film, à la fois comédie et tragédie, explore ce que certaines mères peuvent ressentir lorsqu’elle ont l’impression que leur jeunesse et leurs rêves sont à jamais perdus. Car si Marlo ne reconnaît plus son corps, elle ne se reconnaît surtout plus elle-même en tant qu’individu. En cours de route, elle s’est perdue. Un regard différent et beau sur la parentalité, le couple et la famille pour un film qui ne juge pas et qui pourra peut-être parler à de nombreux parents.

 

2 – « Un heureux événement »

« Pourquoi personne ne m’a prévenue ?« , s’interroge Barbara en pleine tempête émotionnelle. Pourquoi la vérité ne lui a pas été révélée ?, se demande-t-elle. Dans Un heureux évènement, adapté de l’édifiant roman autobiographique d’Eliette Abecassis et réalisé par le toujours très sensible Rémi Bezançon, Louise Bourgoin interprète une jeune mère qui découvre avec stupéfaction le chamboulement de la maternité et toute l’ambivalence de ses nouveaux sentiments. La joie d’être mère, la fusion, la merveilleuse histoire avec son enfant, et, en même temps, l’immense tristesse qui la guette à chaque minute.

Comme toujours chez le réalisateur, qui arrive à capter le réel et des situations universelles dans un ton contemporain, la justesse l’emporte. A l’hôpital, on assiste ainsi à un accouchement stressant et angoissant. Barbara souffre et subit. Elle se sent culpabilisée car elle n’a pas suivi les cours de préparation à l’accouchement puis subit une épisiotomie sans avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Passée la naissance, Barbara sent à nouveau qu’elle n’a ni contrôle ni la main sur son propre corps. Alors que tout le monde l’examine comme un sujet de laboratoire, elle n’est plus que spectatrice, se détachant d’elle-même puis, petit à petit, du monde. C’est là que, loin du monde et des autres, tout devient égal à Barbara à l’exception de son bébé et que, lentement, elle se noie (comme dans Tully, l’image de l’eau est utilisée pour montrer sa lente noyade).

Avec les jours qui se suivent et se ressemblent, la fatigue qui s’accumule, son corps qui ne se remet pas, les pleurs de son bébé, Barbara, qui souffre de dépression post-partum, n’a plus de temps pour elle et finit par ne plus ressentir aucune joie. « J’ai l’impression d’être Bill Murray dans Un jour sans fin », déclare-t-elle au bout du rouleau. Face à ce nouveau quotidien qui s’installe, son couple traverse sa plus grande tempête, Un heureux événement étant aussi le portrait terrible mais réaliste d’un jeune couple face à la parentalité. Les reproches, la rancune et les engueulades fusent, creusant entre eux un fossé inéluctable. Le corps de Barbara a été désacralisé comme elle le dit, mais son couple aussi. 

Juste et honnête, l’une des grandes forces d’Un heureux événement réside aussi dans sa manière de montrer comment l’amour total d’une mère pour son bébé peut la transformer de fond en comble, en lui faisant traverser à la fois la plus immense des solitudes et sa plus grande épreuve physique et émotionnelle. 

3 – « Ce qui vous attend si vous attendez un enfant »

Tout ce que voulait Wendy c’était l’éclat, le rayonnement de la femme enceinte, le ventre rond et parfait qui brille. Tout ce qu’on lui avait promis, finalement. Mais, ce que Wendy a eu, c’est tout à fait le contraire. Adapté d’un best-seller vieux de 35 ans, cette pure comédie est évidemment beaucoup moins profonde et complexe que des films comme Tully ou Un heureux événement.

Utilisant à son compte les éternels clichés et gags rigolos relatifs à la grossesse, Ce qui vous attend si vous attendez un enfant livre pourtant quelques éclats de vérités bien sentis par l’intermédiaire de plusieurs couples confrontés à différents cas de figure.

Dans l’exemple et le cas précis de la grossesse, c’est surtout le personnage de Wendy (Elizabeth Banks), une auteure « spécialiste » des bébés qui tient une boutique sur l’allaitement, qui réserve son lot de vérités. Wendy, qui a mis plusieurs années à pouvoir enfanter, tombe enceinte et, dès lors, imagine que sa grossesse sera telle qu’elle l’a toujours fantasmée. Sauf qu’évidemment, rien ne va se passer comme prévu et Wendy va traverser tous les maux possibles et inimaginables de la grossesse tout en se sentant mal en permanence face aux changements de son corps.

Lors d’une conférence sur « le miracle de la naissance », Wendy explose même et décide de démonter tous les mensonges et de livrer haut et fort tout ce qu’elle subit, de l’inconfort de ses habits, à la perte de contrôle de ses émotions et de son corps, de l’incontinence aux flatulences en passant par ses envies de taper son mari. Même son projet d’accouchement va finir aux oubliettes, avec ses précédents fantasmes, lorsqu’elle va devoir subir une césarienne au dernier moment.

Pour donner plus de poids à Wendy, les scénaristes ont également créé son « antagoniste parfait de grossesse » en la personne de Skyler, sa jeune et magnifique belle-mère (Brooklyn Decker). Enceinte au même moment au bout d’une minute de tentative, celle-ci vit tout à la perfection, telle une licorne des temps modernes. C’est d’ailleurs dans l’opposition totale et exagérée de leurs deux expériences que l’intérêt de leur histoire réside. Le film s’achève d’ailleurs dans une inversion amère des rôles. Une fois le bébé arrivé, Skyler, qui a accouché en un éternuement, devient celle qui éprouve des difficultés…

4 – « Super mamans » 

Lancée en 2016 en Australie, The Letdown (Super Mamans) est une série disponible sur Netflix France. On y suit l’histoire d’Audrey, tout juste maman d’une petite Stevie qui, acculée par son nouveau quotidien, s’inscrit dans un groupe de soutien pour jeunes mamans, censé apporter expériences, conseils… et zéro jugement. Dans cette série, c’est également sur le ton de la comédie que les questions sérieuses relatives à la maternité sont abordées. 

Pas très à l’aise avec l’allaitement ou sa poussette, épuisée au possible, Audrey se retrouve dans tout un tas de situations rigolotes poussées loin pour faire rire mais pas trop non plus histoire que les parents puissent s’y reconnaitre. Par exemple, quand Stevie ne veut pas dormir, Audrey finit toujours par faire le tour du quartier en voiture (réaliste) et par rencontrer le dealer du coin qui finit par lui donner des conseils sur l’allaitement (hmmm…).

Pour contrebalancer ces situations comiques et peu réalistes, Super mamans montre très bien à quel point Audrey peut se sentir seule et abandonnée : à la maison face à un mari qui travaille trop, devant sa mère qui ne comprend rien, auprès de ses amis qui ne la voient plus comme quelqu’un d’amusant ni même à l’extérieur où elle se retrouve toujours face à quelqu’un qui va la juger ou la culpabiliser pour ce qu’elle est en train de faire (comme boire du café alors qu’elle allaite).

Au début, même au sein du groupe, composé de femmes qui ont toutes l’air de s’en sortir parfaitement, Audrey n’est pas à sa place. Ce n’est qu’au fur et à mesure que les différentes femmes du groupe se dévoilent, que les armures se fissurent et que les vérités éclatent. Ce que la série parvient également à faire, c’est montrer le propre bouleversement de son mari qui, de son côté, fait également face au jugement des autres et à ceux qui, déjà parents, prennent un malin plaisir à effrayer sur la parentalité en déclarant à tout bout de champ que votre vie est terminée. 

Comme le dit la conseillère d’Audrey, la vie a simplement changé : « Vous n’êtes plus numéro 1 maintenant. Et il n’y a pas de raisons de se lamenter sur ce que vous avez perdu : tonicité, sommeil, liberté. Regardons plutôt ce que vous avez gagné : des fesses plus rondes, des vergetures, de l’acné, des hémorroïdes et un petit enfant sans défense. »

5 – « Girls »

Dans Girls, la question de la maternité n’intervient qu’à la toute fin de la série. Et comme à son habitude, Lena Dunham traite ce nouveau sujet de manière étonnante, frontale et sans aucun tabou, à l’image de son héroïne sans fards, Hannah. Ainsi, cette dernière qui a connu une brève liaison avec un moniteur de surf, tombe enceinte par accident. Suivie en filigrane dans la saison 6, la grossesse d’Hannah se déroule sans encombre si ce n’est qu’elle s’accompagne d’une nouvelle solitude puisque l’héroïne va devoir élever seule son enfant.  

Dans l’avant-dernière épisode de la série, considéré comme le dernier par beaucoup de fans, les filles réalisent en effet que leur amitié est finie. Hannah, qui a décidé de quitter New York pour s’installer loin de la ville avec son futur bébé et qui a accepté un poste de professeur, traverse un premier bouleversement. Avant même que son enfant soit né, sa vie a déjà changé. 

Dans le final, plusieurs mois ont passé, Hannah est dans son nouveau foyer et Grover, son fils, est né. Les filles, qui ont fait le sel de toute la série, ne sont plus là. Pas de soirées, pas de paillettes, pas de musique, juste les pleurs d’un bébé et les peurs d’une mère. Dunham choisit d’achever sa série sur une fin osée peu traditionnelle et brute.

Les suites de couche, la difficulté de l’allaitement et celle de se remettre physiquement de l’accouchement… Si la grossesse n’avait pas été abordée d’un point de vue physique, ce dernier revient, dans le dernier épisode, en pleine face, comme Duhnam a l’air de le faire. Epuisée, apeurée face à son nouveau rôle de mère qu’elle a du mal à appréhender, désemparée face à son bébé qui refuse de téter, Hannah accepte l’aide de sa mère et de son amie, Marnie.  

Au terme d’un épisode éprouvant, elle finit par réaliser son propre égocentrisme (sans pour autant l’éradiquer) tout en comprenant ce qu’une mère doit supporter et a la capacité d’endurer. Suivant les conseils de sa propre mère, qui redevient nourricière elle aussi à cette occasion, elle tente de prendre ses responsabilités et de grandir (un peu). C’est à la toute fin de la série qu’Hannah finit par sentir le lien avec son enfant. Grover trouve son sein et Hannah, émue, lève les yeux vers la caméra dans un regard magique et unique. Osé, simple et réussi. 



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