Engrenages saison 7 : « on avait envie de parler d’argent, de s’attaquer à une voyoucratie » – News Séries à la TV


Marine Francou, scénariste et directrice d’écriture, et Didier Dubois, producteur, reviennent sur la thématique de la nouvelle saison et l’évolution du processus d’écriture de la série, actuellement en diffusion sur Canal+.

Attention, cet article contient d’éventuels spoilers sur la saison 7 d’Engrenages

diffusée tous les lundis soirs à 21h sur Canal+ !

Un polar politique

Allociné a rencontré l’équipe créative d’Engrenages à l’occasion du lancement de la saison 7. Pour Marine Francou, scénariste et directrice de l’écriture sur cette saison, et Daniel Dubois, producteur de la série, l’enjeu était de garder le niveau d’ambition des précédentes saisons, mais sans recevoir de directives particulières sur l’histoire de la part de la chaîne, qui attendait les propositions des auteurs. « Le défi de reprendre l’écriture de cette saison est double« , selon Marine Francou : « respecter l’ambition première d’Engrenages, qui est une série qui creuse en profondeur des personnages, et où chaque saison propose une nouvelle enquête qui se doit d’avoir du sens par rapport à l’époque à laquelle on vit. C’est vrai que quand on arrive en saison 7, un certain nombre de grands sujets ont déjà été explorés et il faut en trouver un nouveau, c’est le premier défi.  Mais pour autant, on est d’abord partis des personnages, de l’état dans lequel ils ont été laissés à la fin de la saison 6 afin de voir, nous auteurs, ce que cet état nous inspire, et où on a envie de les emmener à l’issue des douze épisodes suivants. C’est d’abord cette trajectoire intime qu’on a fouillée, et après en parallèle nous avons trouvé le grand sujet de l’enquête. »

Cette nouvelle enquête, qui aborde le trafic financier depuis les tours des dealers du 93 jusqu’aux cols blancs des beaux quartiers parisiens en passant par les réseaux de blanchiment d’argent de la communauté chinoise, marquait une volonté d’explorer une nouvelle arène pour les scénaristes de la série. « En ce qui concerne l’enquête, c’est vrai qu’on avait très envie d’explorer une thématique nouvelle et de s’attaquer si possible à une voyoucratie un peu nouvelle dans Engrenages, et on avait cette idée qu’on avait jamais exploré ce que devenait l’argent sale issu des différents trafics abordés précédemment dans la série, et la réalité nous a aidés parce qu’on est tombés sur des affaires réelles qui nous ont permis de faire le grand voyage de cette saison : partir de voyous très coutumiers, issus du trafic de drogue, pour arriver dans un univers très nouveau, celui des cols blancs. » 

On remonte le réseau d’un trafic de stupéfiants, on cherche qui en est à la tête (…) Ça donne une ossature assez claire au récit

En se documentant à travers de simples recherches Google pour trouver des exemples d’affaires où des trafiquants ont fait circuler du cash pour arriver jusqu’aux hautes sphères, les scénaristes ont découvert l’affaire « Virus », un exemple de blanchiment d’argent assez classique où des trafiquants de drogue d’Île-de-France sont mis en contact avec des banquiers d’affaires en Suisse, et fonctionnant selon un principe très simple, selon Marine : « l’argent sale reste en France, et un banquier suisse opère des compensations. Des gens qui souhaitent obtenir du cash en France parce qu’ils ont des comptes à rapatrier sans vouloir s’acquitter des taxes légales normalement appliquées, ordonnent des virements depuis leurs comptes en Suisse vers les comptes à l’étranger, tandis qu’à Paris ils sont livrés en cash, exactement comme le montre la série. » Mais c’est en sollicitant leurs conseillers policiers, et plus particulièrement en faisant la rencontre du commissaire divisionnaire de la brigade de recherches et d’investigations financières (Brif), Philippe Huetz, qu’ils découvrent l’affaire « Fièvre jaune ». « « , leur explique le commissaire, « vous avez de nouveaux intervenants qui sont certains membres de la communauté chinoise d’Aubervilliers, les Wenzhou, qui complexifient un peu votre système. » Pour Marine Francou, ce fil rouge s’est avéré payant en matière de fiction : « dans le passé d’Engrenages, il y a eu une saison qui est particulièrement réussie à mes yeux, la saison 2, dont le schéma est un peu le même : on remonte le réseau d’un trafic de stupéfiants, on cherche qui en est à la tête, et en même temps ça permet de voyager dans un nouvel univers à chaque épisode. Ca donne une ossature assez claire au récit.« 

Alors que le sujet des gilets jaunes est abordé, la scénariste établit volontiers un lien entre cette nouvelle saison et l’actualité : « On avait envie de parler d’argent, de ces voyous magnifiques qui ont des portraits dans Vanity fair… C’est très glamour tout ça, mais quand on y regarde de plus près, ce que font ces gens-là est criminel. Ca menace la cohésion sociale ! Les plus riches ne sont jamais assez riches et en viennent à inventer des systèmes pour échapper à l’impôt, tandis que les plus modestes sont dans la rue. Faire une saison qui raconte la sophistication du système de l’évasion fiscale, je trouve que ça a du sens. En France, elle chiffre entre 60 et 80 milliards d’euros par an, et le déficit du pays est exactement dans ce même ordre de chiffres; donc ça pourrait être très simple. Pourquoi ça ne l’est pas ? » La tâche de rendre crédible cette thématique une fois appliquée à des agents de terrain comme ceux de la DPJ pourrait sembler ardue, mais pour Marine Francou, « le polar est toujours un peu politique, et ça a toujours été le cas dans Engrenages. »

Canal +

Un processus d’écriture accéléré

Pour Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction française de Canal+, l’accélération du processus d’écriture est « un impératif » face à une offre concurentielle très forte. « On ne peut plus se permettre d’attendre 3 ans entre deux saisons. » L’objectif affiché de la chaîne cryptée : livrer une nouvelle saison entre douze et dix-huit mois maximum. Un défi de temps et de maintien de qualité considérable pour Engrenages, d’autant plus lorsqu’il faut compter « entre dix-huit et vingt-quatre mois d’écriture pour une saison », selon le producteur Daniel Dubois. Pour gagner du temps, la fabrication est optimisée : les plannings d’écriture et de mise en préparation se chevauchent. « Quand on démarre la préparation des six premiers épisodes, tous ne sont pas encore dialogués. On a une visibilité puisqu’on a les arches qui sont écrites – c’est le document fondateur de la saison, ça nous aide quand on fait les repérages et le casting. On continue d’écrire pendant qu’on prépare et qu’on tourne, voire même qu’on postproduit les premiers épisodes de la saison. Ca permet de coller à la réalité et aux contraintes des décors naturels, de s’adapter… Il y a une certaine agilité vertueuse dans cette organisation. » 

Selon Marine Francou, l’organisation du processus d’écriture a été modifié lors cette nouvelle saison, prennant ainsi la relève de l’équipe formée par Anne Landois, la précédente showrunneuse :  » j’ai travaillé sur les arches avec Sylvie Chanteux (qui a écrit un épisode de la saison 6), Antonin Martin-Hilbert et Frédéric Balekdjian (auteur de 4 épisodes de la saison 5). Nous étions à quatre sur ce document fondateur (les arches, ndlr) qui a constitué l’ossature de la saison, et ces auteurs sont restés ensuite pour écrire les épisodes. » Un gain de temps car l’équipe forme alors un noyau fondateur particulièrement impliqué, auquel se greffent d’autres auteurs pour l’écriture des épisodes restants.

On continue d’écrire pendant qu’on prépare et qu’on tourne, voire même qu’on postproduit les premiers épisodes de la saison (…) Il y a une certaine agilité vertueuse dans cette organisation

Concernant les rumeurs sur le fait que la saison 7 aurait pu être la dernière et donc avoir des conséquences sur le destin des personnages à l’issue cette saison, Marine Francou objecte : « la trajectoire des personnages a été impactée au début, mais on a rapidement su qu’il y aurait peut-être une saison suivante. Etant donné que les saisons s’écrivent les unes après les autres, on s’est dit que leur arc était assez clair et que ce n’était pas forcément la fin; on allait pouvoir les amener ailleurs, et c’est d’ailleurs ce qu’on est en train de faire. » Même si la série « est plus proche de la fin que du début« , concède Fabrice de la Patellière, « ce qu’on ne voudrait pas, pour Engrenages comme pour les autres séries, c’est faire la saison de trop, mais nous n’en sommes pas là. Tant qu’on a l’envie des auteurs et l’impression de ne pas se répéter, on continuera.« 

Retrouvez Engrenages saison 7 tous les lundis soirs à 21h sur Canal+ :

 



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