De moins en moins de séries annulées sans une fin


Les chaînes et les plateformes font désormais bien attention à ne pas énerver les téléspectateurs.

Pas de résolution aux mystères de Flashforward ? Pas de fin aux 4400 ? Pas d’épilogue à Pushing Daisies, Firefly, Agent Carter, Dark Angels, Alphas, Hannibal… La grande angoisse des amateurs de série, ça a toujours été ça : commencer une histoire, se passionner pour elle, s’enthousiasmer chaque semaine… et apprendre un beau jour de mai qu’un patron sans visage, au sommet d’une chaîne américaine quelconque, a décidé de ne pas payer pour la suite ! L’annulation sans préavis a longtemps été une maladie pernicieuse, terrifiant les téléspectateurs. Mais aujourd’hui, le syndrome de la série sans fin semble se raréfier. Et c’est évidemment une bonne nouvelle.

Peut-être parce que la colère des fans est de plus en plus audible via les réseaux sociaux. Peut-être parce que la concurrence monstre des plateformes et des différentes chaînes oblige les diffuseurs à traiter le public avec un peu plus d’égard (pour ne pas qu’il aillent voir ailleurs). Peut-être aussi que les noms de plus en plus prestigieux, collaborant aux programmes du petit écran, commandent une plus grande considération de la part des patrons de networks. En tout cas, c’est un fait : les annulations brutales, cinglantes, et précipitées sont de moins en moins pratiquées à la télévision américaine.

Renouvelées et annulées en même temps

En plein âge d’or du peak TV, on ne peut plus penser aujourd’hui un show, quelqu’il soit, comme un produit jetable et remplaçable dans une grille. Alors lorsque les audiences faiblissent, lorsque les intrigues commencent à devenir poussives, lorsque la qualité décline, les chaînes américaines prennent plus de gants et offrent désormais aux créateurs, le droit de dire adieu. La possibilité d’écrire une conclusion à leur histoire.
 

12 monkeys final poster
syfy

On compte ainsi, actuellement près d’une vingtaine de séries, qui ont été renouvelées et annulées en même temps. Des séries qui vont entrer dans leur ultime saison, qui le savent, et qui ont donc tout le temps de signer une fin digne de ce nom. 12 Monkeys (sur Syfy) propose en ce moment son chapitre final, en 11 épisodes. Crazy Ex-Girlfriend (sur CW) aura le droit de s’achever sur 13 épisodes cet automne. De même pour iZombie et Jane the Virgin l’année prochaine, sur la même chaîne, qui prépare ainsi un renouvellement, en douceur, de sa grille. On peut aussi citer Nashville (sur CMT) ou Gotham (sur la Fox), qui bénéficiera d’un dernier chapitre pour boucler la montée en puissance du jeune Bruce / Batman. Et puis comment ne pas mentionner Netflix, qui a donné à Robin Wright la possibilité de refermer sa belle House of Cards, alors que la plateforme aurait pu couper court à sa célèbre création originale, après le scandale Kevin Spacey

Le coup du téléfilm

La plateforme n’avait d’ailleurs pas hésité à supprimer Sense8, sans crier gare, au début de l’année 2017. Une décision très mal accueillie par le public et les abonnés… Non, annuler une série ainsi, ça ne se fait plus. Alors Netflix a été obligée de faire marche arrière et a remis sur la table quelques millions de dollars, pour produire un téléfilm de conclusion.
 

Freeform

La solution intermédiaire, choisie par beaucoup de chaînes aujourd’hui, pour annuler un show en douceur. Parce que commander une saison finale de 10 ou 13 épisodes est un beau geste coûteux. Très coûteux même. Ainsi, malgré une base de fans très solide, Shadowhunters n’a pas pu être renouvelée pour une saison 3 par la chaîne Freeform (question de rapport budget / retombées). Du coup, pour ménager la chèvre et le choux, la petite chaîne câblée a signé pour un téléfilm de conclusion, qui permettra de terminer l’histoire de Jace et Clary, d’éviter un énorme bad buzz au sein de la communauté de fans, tout en dépensant un minimum. Un bon compromis, que Freeform a également adopté pour sa comédie Young & Hungry, qui se terminera après 5 saisons l’an prochain… et sur un téléfilm de deux heures.
 
La chaîne américaine NBC aurait également opté pour cette solution, pour finir sa série SF Timeless, annulée (pour la deuxième fois) ces derniers jours.

Il existe encore des cas où…

Il y a donc indéniablement une plus grande considération portée par les diffuseurs américains à leurs programmes. Mais toutes les séries ne bénéficient pas d’un passe-droit final. Celui-ci est réservé aux shows qui existent depuis quelques années, ceux qui sont bien ancrés, et qui ont déjà conquis un public assez large. En d’autres termes, toutes les nouvelles séries qui ne tiennent pas la distance sont annulées sans autre forme de procès, avec ou sans fin. Si vous avez commencé à regarder cette année la comédie musicale Rise, le drama Life Sentence ou les histoires fantastiques de Kevin (Probably) Saves the World ou The Crossing, vous n’aurez jamais le fin mot de ces histoires, mises au rebut après une petite saison.

DR

Mais il existe encore des cas d’annulation brusque et sans scrupule : The Last Man on Earth s’arrête, au terme de sa saison 4, sans épilogue. De même pour les amours de Famous in Love, au grand dam de l’actrice Bella Thorne, furieuse. Le sort est identique pour les séries médicales Code Black et The Night Shift , supprimées après 3 années d’antenne.

L’ultime recours : le sauvetage in extremis

Reste alors une solution de dernier recours. Aujourd’hui, quand votre série est annulée sans ménagement, sans saison finale ou sans téléfilm de conclusion, il existe encore un ultime espoir : le sauvetage par une plateforme. C’est ce qui est arrivé à The Expanse, série de science fiction encensée par la critique et par ses fans, mais annulée sèchement par Syfy. Quelques jours après l’annulation, on apprenait qu’Amazon avait récupéré les droits du show et allait produire la suite de l’histoire. Ouf ! Même soulagement pour les fans de Lucifer, qui, après avoir poussé un cri d’horreur en apprenant que leur série ne reviendrait pas sur la Fox à la rentrée, ont béni Netflix, d’avoir sauvé le drama et commandé de nouveaux épisodes. Un phénomène qui demeure, malgré tout, extrêmement rare, puisque c’est la première fois depuis 2014 que Netflix décide ainsi de reprendre un show annulé sauvagement…





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