Les Affamés – Louane Emera et Rabah Naït Oufella : « Le film montre des jeunes qui ont envie de vivre et qui se battent » – Actus Ciné


À l’occasion de la sortie en salles des « Affamés », comédie générationnelle sur une bande de jeunes qui en a assez d’enchaîner les stages et les CDD, rencontre avec Louane Emera et Rabah Naït Oufella, deux des acteurs du film de Léa Frédeval.


Commençons par le début : comment vous êtes-vous retrouvés dans cette aventure ?

Rabah Naït Oufella : Parce qu’on est jeune et qu’on a la dalle ! Plus sérieusement, par le biais pour ma part d’un casting qui a été différent des autres que je passe habituellement. C’était plus une rencontre avec la réalisatrice, un échange. On a débattu longtemps de plusieurs sujets, notamment politiques, d’actualité, et je pense qu’elle voulait des gens qui étaient attachés à la cause du film avant de leur faire passer des essais.

Louane Emera : Moi c’est un peu la même histoire. J’avais lu le scénario et vu le personnage de Zoé et j’ai dit « ok, je veux jouer ce rôle ». J’ai appelé mes agents et j’ai rencontré la réalisatrice. On a pas mal discuté de divers sujets et on s’est bien entendu.

Les Affamés évoque la précarité de la jeunesse française, une thématique très actuelle…

Rabah : D’actualité, je ne sais pas si c’est le terme, mais c’est un sujet présent chez toutes les générations.

Louane : C’est un film générationnel.

Rabah : Je pense que la manière dont le film traite ce sujet parle à notre génération. Les jeunes galèrent à trouver leur place dans notre société mais ça a toujours été le cas.

Louane : Ce qui est étonnant, c’est que la plupart des adultes oublient ce qu’ils ont vécu. On me dit que je ne suis pas une adulte, pourtant je pense en être une. À partir du moment où on a des responsabilités, où on vit seul, on est un adulte et souvent les adultes « confirmés » ne se rappellent pas de ça. Ce problème est typique à chaque génération.

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Vous sentez une colère chez la jeune génération, autour de vous ?

Louane : Non, nous on est beaucoup plus optimiste, on n’est pas sur un ras-le-bol mais une acceptation de faits qui ont toujours été présents, c’est de ça dont traite le film. Il ne parle pas de toutes les galères de la vie mais des espoirs, quand tu réussis au bout du compte à te stabiliser. C’est compliqué pour moi de dire ça car je suis une exception, je ne l’ai pas vécu, j’ai eu énormément de chance. Mais mes parents ont aussi galéré, ils ont eu des petits boulots, … Je pense qu’à partir du moment où on rentre dans le milieu professionnel dans lequel on a envie d’évoluer, on oublie un peu tout ça et c’est dommage. Moi je suis heureuse d’être dans cette génération, peut-être qu’il y a des générations pour lesquelles ça a été plus facile ou au contraire plus compliqué. Chaque génération a ses problèmes. J’ai énormément de chance car je n’ai pas eu à vivre ça, je suis une privilégiée.

Rabah : 

Le film ne fait pas des jeunes des victimes, il montre des jeunes qui ont faim, qui ont envie de vivre, qui veulent faire plein de choses et qui se battent.

Le film aborde finalement un sujet rarement traité dans le cinéma français. Si les jeunes adultes sont souvent mis en scène, c’est plutôt pour évoquer leurs peines de cœur ou leur difficulté à devenir adulte. Ici, c’est plutôt l’inverse. Ce sont des jeunes qui veulent être pris au sérieux, être traités comme des adultes. C’est ce qui vous a attirés ?

Louane : Pour une fois, on montre la jeunesse telle qu’elle est.

Rabah : On sait tous qu’un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. Ce sont d’eux dont on parle, ce sont eux qui sont extraordinaires. La jeunesse d’aujourd’hui, c’est tous ces jeunes qui se battent et qu’on n’entend pas. Les Affamés est là pour montrer les minorités invisibles, les jeunes qui se lèvent le matin à 6h pour aller travailler et qui ont des rêves.

Cette justesse est certainement dûe à Léa Frédeval, la réalisatrice, qui est elle aussi très jeune.

Louane : Bien sûr, c’est surtout grâce à elle, on n’a pas eu besoin de forcer le trait et de changer notre façon de parler.

Rabah : J’ai une petite anecdote : quand j’ai rencontré Léa, on a commencé à discuter pendant 20 minutes et je lui ai dit que je trouvais que la dame qui avait écrit ce scénario était vachement connectée avec les jeunes sans savoir que c’était elle la réalisatrice. Je ne l’avais jamais rencontrée avant, je ne savais pas à quoi elle ressemblait et je m’attendais à une femme plus âgée. Ensuite elle m’a dit « c’est moi qui ai écrit ce scénario », je pensais que c’était une assistante de casting.

Il s’agit de la première réalisation de Léa. Ça ne vous a pas effrayés ?

Rabah : Je n’ai quasiment fait que des premiers films dans ma carrière. Pour ma part, quand je lis un scénario, soit je l’accepte, soit je ne le fais pas. Mais si je le fais, c’est jusqu’au bout et je fais une confiance totale au réalisateur avec lequel je bosse si je trouve le scénario chanmé. Si j’ai envie de faire le film, c’est qu’il y a un truc qui me pousse, on fonce tous dans la même direction.

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Comment avez-vous constitué cet esprit de bande que l’on voit dans le film ? 

Rabah : On a organisé un week-end d’intégration qui nous a permis de nous connaître, de travailler, de rigoler. On a passé de très bons moments ensemble, on a un peu fait la fête, juste ce qu’il fallait, et c’est comme ça qu’on a appris à vivre ensemble, c’était chanmé.

Louane : C’était cool car on apprenait à se connaître et on s’est vite rendu compte qu’on était tous sur la même longueur d’onde. Ça nous a fait du bien de parler ensemble et depuis on est devenu vraiment potes. 

Rabah : On fait un film comme celui-ci qui traite d’un sujet d’actualité assez fort. L’intelligence de la réalisatrice a été de choisir des gens qui ont l’ambition de changer les choses, ne serait-ce que de prendre position sur certains faits, ça permet déjà de rassembler des personnes. Et ça a marché : nous avons des avis divergents les uns des autres mais on s’entend bien.

Effectivement, on sent cette bande qui porte le film …

Rabah : Ce que je trouve intéressant dans ce genre de film choral, c’est qu’il y a plein de personnages singuliers qui n’en forment qu’un, comme dans Nocturama notamment.

Louane : Quand j’ai vu le film la première fois, j’ai pleuré. Non pas à cause de l’histoire même mais j’ai pleuré de fierté et d’émotion de nous voir ensemble. Je trouve qu’à l’écran, on voit la douceur et l’amitié qu’on a les uns pour les autres, ce n’est pas quelque chose qui a été joué, c’est sincère. Il y a une pyramide : on est tous ensemble et on forme un même projet qu’on défend.

Rabah : On n’a pas eu l’impression de travailler tellement on prenait du plaisir. Après, nous, on est à fond dedans, on n’est sûrement pas objectif.

Louane : On a tissé des liens tellement forts que l’on se voit encore très souvent, encore maintenant. C’est très rare de revoir les autres acteurs et les gens de l’équipe après un film. Nous, on se voit minimum une fois par mois, voire plus, mais moi je suis en tournée donc je ne peux pas les voir autant. Normalement, ça n’arrive jamais ce genre de choses. On a vraiment créé un truc et c’est pour ça qu’on est autant à fond et qu’on est si fier. C’est un projet qui nous a plu dès le début, porté par une jeune femme pleine d’énergie qui nous a rassemblés Et on est devenu une sorte de grosse bande de potes, presque une famille dont on a du mal à se séparer. On n’est peut-être pas objectif mais on est fier et on se kiffe ! 

Louane Emera et Rabah Naït Oufella seraient-ils prêts à vivre en coloc ? 

 



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