Rencontre avec Jodie Foster :  » Que signifie Hollywood ? Je ne suis jamais sûre »



De plus en plus rare à l’écran, Jodie Foster a semble-t-il décidé de se tourner vers la mise en scène. Mais elle revient dans Hotel Artemis, un premier film en forme de série B d’action où elle casse son image d’actrice froide et cérébrale. L’occasion d’une mise au point.

Un paradoxe : Jodie Foster est tellement connue qu’elle peut se permettre de disparaître. Lorsqu’on lui parle au téléphone, on se rend tout à coup compte que sa dernière apparition en tant qu’actrice remonte à 2013, avec le film d’action/SF Elysium. Jodie Foster est tellement connue (à 53 ans, elle compte cinquante ans de carrière) qu’elle peut se permettre d’attendre cinq ans entre chaque film, sans que son aura de star en souffre. Elle revient donc dans Hotel Artemis, une série B d’action/SF (décidément) où, sous le maquillage d’une infirmière de 70 ans, elle retape des truands en cavale dans un hôtel top secret au cœur d’un Los Angeles futuriste en flammes. On sent bien que, ici comme ailleurs, l’actrice se fait plaisir et refuse avant tout de refaire ce qu’elle a déjà fait par le passé. C’est sans doute ce qui explique qu’elle ait passé les dernières années à se réinventer en tant que réalisatrice. Après son passionnant Le Complexe du castor (où elle scrutait les failles de son âme sœur Mel Gibson), elle a signé des épisodes d’Orange is the New Black, de House of Cards, le thriller Money Monster avec Julia Roberts et George Clooney, un épisode de la saison 4 de Black Mirror… Au fond, Jodie Foster n’a pas disparu, elle était toujours là. Mais il faut se faire à l’idée : comme elle nous l’explique, Jodie désormais une réalisatrice qui parfois s’amuse à jouer la comédie.


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PREMIERE : Comment a fait Drew Pearce pour vous convaincre de jouer dans Hotel Artemis ?
Jodie Foster : Travailler avec Drew m’excitait : c’est son premier long, et j’aime faire des premiers films, même si on les surnomme crap shoot (« tournage merdique »), parce qu’il y a un risque à prendre. C’est moi qui ai dû le convaincre d’utiliser autant de maquillage pour me vieillir. Après tout, je joue une femme de 70 ans. Ils étaient assez nerveux. Ils auraient préféré me voir au naturel, conforme à l’image qu’ils avaient de moi. Mais je devais me transformer physiquement pour pouvoir incarner cette femme qui a vécu autant de tragédies. Les rides, la perruque, le faux ventre… aident à faire surgir un nouveau personnage, et surtout à se détacher des rôles que l’on a déjà joués par le passé.

 

Pourquoi êtes-vous aussi rare à l’écran ?
Parce que je choisis réellement mes rôles, voilà tout !

 

La dernière fois qu’on a entendu parler de vous, c’était en voyant votre nom au générique de la saison 4 de Black Mirror. Comment en êtes-vous arrivée à réaliser un épisode ?
Je suis très copine avec les gens de Netflix. J’ai réalisé des épisodes d’Orange is the New Black et House of Cards, j’ai noué des relations. (Rires.) Donc, je déjeunais avec une boss de Netflix, on parlait du futur de l’industrie, du business du cinéma, des longs métrages en streaming… Je lui disais que chaque histoire n’avait pas besoin d’être racontée en dix ou vingt épisodes, que je voulais faire un petit film « indépendant » sur Netflix… Et elle m’a dit : « Oh boy, j’ai quelque chose pour toi », et elle me donne le script de l’épisode Arkangel. J’en suis tombée dingue, c’était très personnel, ça me correspondait tout à fait.

 

Personnel jusqu’à quel point ?
J’ai été élevée par une mère seule. Une relation belle et importante mais aussi très dramatique et difficile. Elle avait grandi avant le féminisme, elle n’avait pas confiance en elle. Arkangel raconte comment une femme isolée crée un monde où son enfant n’aurait pas à souffrir comme elle, et qui se réjouit de vivre par procuration à travers elle… C’est l’histoire de ma vie. Ensuite, j’ai dû casser le lien avec mes parents, m’affirmer comme adulte indépendante, affirmer mon droit de vivre. En tant que réalisatrice, c’est très important de faire voir à travers les yeux d’un personnage féminin. Vous savez, tout au long de ma vie, je n’ai fait qu’un seul film dirigé par une réalisatrice, et c’était en 1987 ! (NDLR : Siesta de Mary Lambert). C’est intéressant : j’ai joué très tôt des personnages de femmes fortes, mais c’était toujours à travers les yeux d’un réalisateur homme. Arkangel pose la question du « female gaze », et de la femme en tant que réalisatrice.

 

Comment réussissez-vous à garder votre indépendance à Hollywood ?
Je n’ai jamais vraiment très bien compris ce que les gens voulaient dire par « Hollywood ». C’est compliqué. J’y grandi à Hollywood, dans l’industrie du cinéma des années 70, avec les plus grands artistes du moment. Le mot « Hollywood » a acquis un tout autre sens… Que signifie Hollywood ? Je ne suis jamais sûre. Mais je sais que l’on continuera à faire de bons films ici : j’ai vu l’industrie passer par bien des crises et des phases. Au début des années 80, elle a beaucoup changé… Il y a encore beaucoup de chapitres à écrire. En tant qu’artiste, je m’en fous, il faut s’adapter. Je peux toujours faire un film sur mon iPhone. Ce sera toujours un film. Mais j’imagine que les studios et les producteurs ont un avis différent.

L’interview complète de Jodie Foster est à retrouver dans le numéro 487 (juillet-août) de Première actuellement en kiosques. Et Hotel Artemis est projeté depuis hier dans les meilleures salles. Bande-annonce :





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